The Devil's Rejects - 2005
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller
Réalisé par Rob Zombie.
Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon Zombie, Leslie Easterbrook, Matthew McGrory, William Forsythe.
An de grâce 1978 : Après avoir pratiqué la chasse à l'homme à outrance pendant des années, la famille Firefly, originaire du Texas, a finalement commis une erreur en abattant le shériff George Wydell. Pour le coup, son petit frère John Quincy (Will Forsythe), à juré de les retrouver, et ce, à n'importe quel prix...
Voici un scénario des plus classiques, réminescent de l'époque ou Charles Bronson faisait son justicier dans la ville. Une recette simple et efficace qui laisse assez de champ pour permettre à un réalisateur en devenir talentueux de laisser cours à son imagination débridée : on peut dire que c'est une vitrine idéale, si bien exploitée. Dans le cas présent, le petit nouveau nous vient de la scène musicale où il a fait ses preuves comme chanteur du groupe métalleux "White Zombie": j'ai nommé l'autodidacte Robert Cummings aka Rob Zombie.
Le petit Rob a toujours aimé le cinéma de genre, et de préférence les films d'horreur indépendants des 70's. Ses penchants pour la réalisation s'exprimeront d'abord au travers des clips de son groupe. Puis, la crédibilité venant avec le succès, il finira par trouver les appuis pour lui permettre de concrétiser son rêve : tourner un long métrage et faire revivre ce cinéma cuvée 70's qu'il aime tant. Ce sera le début de l'aventure "
House of a 1000 corpses", un parcours qui se révélera semé d'embûches, mais qui lui permettra de gagner une certaine liberté artistique au bout du compte.
"The Devil's Rejects" est donc sa deuxième oeuvre. Le film est une suite indirecte du premier métrage, autrement dit une variation sur un même thème pivotant autour de la famille Firefly, une bande de texans dégénérés qui font du meurtre un art de vivre.
Si "
House of a 1000 corpses" rendait ouvertement hommage à Tobe Hooper et son "
Massacre à la tronçonneuse", alors "The Devil's Rejects" est un hymne à Sam Peckinpah et sa "Horde sauvage".
On peut dire que nous avons affaire ici à un véritable Ying-Yang artistique. En effet, Zombie laisse tomber ici les plans surréels en "inversé" et le montage façon "clip" de "
House" pour une approche plus "terre à terre" et réaliste. Alors que dans "
House", les Firefly étaient les chasseurs ("Cours, lapin... cours !!!"), dans "Reject's" se sont les proies. La bande son n'échappe pas à la règle : musique maison aux influences métal pour "
House", contre licences "Country / Rock 70's" pour "Devil"s". On passe du tout au tout... et ça marche rudement bien.
Côté persos, c'est la panacée... On avait rarement vu une telle abondance dans la démesure depuis la famille Sawyer. Pour ceux qui ne connaissent pas encore la famille Firefly, voici un petit récapitulatif sur chacun d'entre eux ainsi que les acteurs qui les interprètent :
Captain Spaulding : le patriarche. Une grande gueule, gérant d'une station service / piège à touristes (croyez-moi, c'est le cas de le dire...). Avec ses allures de clown défraîchi, il attire les routards qui voient en lui un vieil excentrique bourru au langage de charretier. Une fois mis en confiance, il les envoie droit dans le piège : la résidence Firefly. C'est à se demander si le côté clown ne fut pas inspiré de John Wayne Gacy, célèbre sérial killer américain. Spaulding est interprété par Sid Haig, acteur de la Blaxploitation, plus connu pour "Spider Baby" et des polards US divers. A également joué un petit rôle dans "Kill Bill 2" ou il interprétait un barman.
Otis B Driftwood : Fils spirituel de Spaulding, Otis est le mégalo de la bande. Mystique, déjanté et sans pitié, il se croit artiste et compose des oeuvres d'art avec les cadavres de ses victimes. Inspiré de Manson, il est interprété avec brio par Bill Moseley, le célèbre Chop Top de "massacre à la tronçonneuse 2". A noter que Bill mériterait un Oscar pour ce rôle...
Baby Firefly : La fille de Spaulding, aussi belle que dangereuse. Baby se verrait bien à Hollywood, mais pour passer le temps elle aime jouer les appâts pour le compte de son "frère" Otis. Interprétée par la femme de Rob, Sheri Moon Zombie.
Mama Firefly : Femme de Spaulding, c'est une ex-prostituée nymphomane sur le retour. Elle tuera le shérif George Wydell, entraînant sans le savoir, sa famille sur un terrain extrêmement glissant. Interprétée par Leslie Easterbrook, plus connue pour son rôle dans "Police Academy".
Tiny : Le petit dernier, Tiny est un géant difforme et grand brûlé. Contrairement à sa famille, il ne prend pas de plaisir particulier à commettre des meurtres. Généralement il se contente d'effacer les traces. Mais s'il sent que ses proches sont en danger, il vaut mieux pour vous de ne pas en être la cause ! Interprété par feu Mathew McGrory, un authentique géant (2m32 !) qui joua dans, notamment, Big Fish.
Je m'arrêterai là concernant les Firefly étant donné que les autres membres apparaissaient surtout dans "
House". Du côté des rôles secondaires, Zombie nous offre du sur mesure : Ken Foree, célèbre pour son rôle dans "
Zombie" interprète le frère proxénète de Spaulding ; Michael Berryman, la gueule de "La Colline a des yeux" version Craven, interprète son homme à tout faire ; Danny Trejo, acteur fétiche de Tarantino et Rodriguez, interprète un tueur à gages et William Forsythe, célèbre pour son rôle de gangster (Phillip Stein dit "oeil-en-coin") dans "Il était une fois en Amérique", interprète l'ennemi juré des Firefly : le shériff John Quincy Wydell.
Trouver un adversaire à la mesure du clan Firefly n'était pas simple. En choisissant Forsythe, Zombie à déniché la perle rare. L'acteur, inspiré, nous offre un rôle de composition époustouflant. Wydell est un homme brisé par la mort de son frère et ne prendra de repos que lorsqu'il aura mis fin au triste règne de la famille psychotique. Mais a force de leur courir après, il finit par dépeindre sur eux et devient, selon ses propres termes "le bras armé de la justice", pour ne pas dire complètement cinglé. Dans une scène, il nous propose un petit clin d'oeil à son pote de Niro dans "Taxi Driver", où il nous rejoue la fameuse scène de la glace !
Maintenant que nous avons fait le tour du casting, abordons un peu le résultat à l'écran. Comme j'ai pu le sous-entendre, The Devil's Rejects est moins barré visuellement que son prédécesseur. Le film sent la chaleur et la poussière : on peut parler d' une esthétique à la Georges Miller, et le Texas de Zombie nous fait penser au monde apocalyptique de Mad Max. La violence est bien sûr de mise, quoique moins présente et graphique que dans "
House of a 1000 corpses". Néanmoins, elle est savamment distillée et de ce fait plus marquante. On peut citer au hasard une scène ou Otis, Spaulding et Baby ce font agrafer des photos de leurs victimes à même le torse... de quoi grincer des dents !
Dans ce film, la part belle est donnée aux acteurs qui ont le temps de développer leur personnage. Mentions spéciales pour Bill Moseley qui campe un Otis plus Mansonique que jamais et William Forsythe dont le John Quincy Wydell n'a rien à lui envier. Easterbrook écrase de loin l'interprétation de Karen Black dans le rôle de Mama firefly, transformant ce rôle de "comic relief" en rôle de premier plan. On peut dire qu'elle est véritablement possédée par son personnage. Sheri Moon, quand à elle, est toujours aussi convaincante en bimbo allumée et Sid Haig a véritablement décroché le rôle de sa vie en interprétant Spaulding (La scène dans la voiture avec le gosse est une anthologie à elle seule).
Là ou Zombie est très fort, c'est dans la manipulation des sentiments. Je m'explique. Dans "
House" il nous propose de découvrir l'une des familles les plus tarés de Hollywood, alignant en surenchère leurs méfaits pour les rendre vraiment ignobles. Dans "Reject's" il propose l'antithèse, et en un peu plus d'1h30 arrive à inverser la donne : à la fin du film, on aimerait que Baby, Otis et Spaulding s'en sortent ! Comment s'y prends t-il ? en instaurant chez les Firefly la notion de loyauté, et donc d'humanité. Ils sont capables du pire, mais se serrent les coudes entre eux. Subtil, le Rob !
Ce qui nous mène au final très "Thelma et Louise". A mon sens un grand moment de parodie ! Comment ne pas délirer devant cette alternance de scènes ou d'un côté l'on trouve les Firefly face à leur destin, dans une voiture, face à un barrage de police armé jusqu'aux dents et conscients de leur mort inévitable; et de l'autre des scènes des jours heureux, où bras-dessus-bras dessous, Otis, Baby et Spaulding se laissent aller à rire de bon coeur ! Et tout ça sur fond de "Freebird" de Lynyrd Skynyrd... On ne peut rester indifférent !
En conclusion, je dirai que Rob Zombie est en passe de devenir un très grand réalisateur. "
House of a 1000 corpses" fut un premier jet prometteur bien que gâché par les cols blancs de l'administration hollywoodienne. Avec "The Devil's Rejects" il livre un film beaucoup plus personnel et mature. Rob honore son contrat en rendant hommage au cinéma choc des 70's tout en créant un univers qui restera gravé dans les annales de notre genre préféré. Amen...
Note : 9/10
Moyenne des votes : 8,7/10 (2 votes)
@rmaggedom
Avis des visiteurs :
# Légèrement retardataire, j'ai fini par voir ce "Devil's rejects" de haute volée. Il s'agit là d'un cri d'amour aux monstres, et il n'y aura guère que "Télérama" et son critique préhistorique Pierre Murat pour foncer droit dans le piège de la critique moralisatrice ; du reste "Télérama" a toujours été une référence inversée, dès qu'il s'agit d'une oeuvre horrifique suffisamment originale et jusqu'au-boutiste pour brûler longtemps dans le paysage cinématographique.
Pour mémoire, rappelons-nous "Les yeux sans visage" ou "Bad taste" et gageons que Rob Zombie aura le droit à quelques excuses du susnommé magazine d'ici quinze, vingt ans... Quant au film, il s'agit là à mon sens d'une des plus belles déclarations d'amour à la monstruosité depuis... "Freaks" ; pareil, le film hurle sa passion au genre, sans emprunter de détours et ce, porté par une verve anarchisante des plus réjouissantes, à peine provocatrice finalement puisque foncièrement sincère et premier degré dans son fond.
Quitte à déclencher les foudres, la démarche m'a semblé assez proche d'un Quentin Tarentino au final, même si le propos et les thèmes du film m'ont paru bien plus abyssaux et plus intéressants à disséquer au sein de la "real life" que le vent combien même bien emballé et bien vendu de Mister Quentin.
Le film de Rob Zombie m'a semblé avoir une qualité et un défaut ; d'un côté il est suffisamment référencé et rattaché au genre pour éviter l'oeuvre vomitive et sans concession qu'il aurait pu être, et d'un autre côté ce référencement, quand bien même des plus jouissifs pour tout amateur du genre, génère une légère distance entre le spectateur et ce qui se passe à l'écran ; de toute manière pour l'oeuvre sans concession que l'on pourrait chercher, je ne pense pas que l'on puisse la trouver ailleurs que dans un snuff movie.
En l'état, "The Devil's rejects" reste une bonne claque dans la gueule, un entertainment supérieur, un hommage sincère et majestueux, ainsi que la confirmation et l'affirmation absolue d'un véritable cinéaste au sein du paysage cinématographique au sens large ; il serait ridicule et pathétique d'être aveuglé par une morale quelconque pour ne pas voir les qualités (mise en scène furieuse et déjantée, direction d'acteurs parfaite, assimilation totale des références) de cette oeuvre qui devrait brûler encore longtemps de sa flamme sans avoir nul besoin d'être attisée.
Il ne reste plus au temps qu'à faire son oeuvre pour que ce film devienne une référence obligée, cela ne m'étonnerait du reste guère qu'il se bonifie encore après plusieurs visions.
Note : 8,5/10 (Mallox)
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