Eyeball - 1974
(Gatti Rossi en un Labirinto di Vetro)
Origine : Italie
Genre : Giallo
Réalisé par Umberto Lenzi.
Avec Martine Brochard, John Richardson, Ines Pellegrini, Andrés Mejuto, Mirta Miller.
A Barcelone, un groupe de touristes américains semble être la cible d'un maniaque dont le hobby est d'extraire le globe oculaire gauche de ses victimes après les avoir salement trucidés tout de même. Le doigt est (trop) vite mis sur l'épouse de Mark, l'un des touristes qui se voit rattrapée puis soupçonnée à cause de ses antécédents mentaux. Pas de chance pour la dame non plus, car la ville où ils habitaient dans le temps fut également un temps la cible d'un maniaque. Pourtant, une fois l'accusée neutralisée les meurtres se poursuivent...
Après deux gialli très peu convaincants qu'étaient "
Le Tueur à l'Orchidée" et "
Spasmo" voici Umberto Lenzi qui récidive avec un peu plus de bonheur qu'à l'accoutumée. Soit "Eyeball" n'est pas un grand giallo et c'est même tout juste un bon film mais contrairement aux deux prédécesseurs, et d'une, celui-ci a le mérite d'être agréable à suivre contrairement au premier film cité, lequel passé un préambule prometteur sombrait dans l'ennui, et de deux, il a le mérite de ne pas se prendre au sérieux ce qui finissait d'emmener le second aux abords du nanar pathétique.
Bien sur l'histoire n'a rien d'originale et comme le plus souvent Umberto Lenzi se montre paresseux. Soit la trame en vaut une et le réalisateur tente bien d'élaborer une intrigue interne et externe entre les touristes, mais d'un côté les préoccupations de nos protagonistes ressemblent d'avantage à ces histoires sans intérêt que l'on peut trouver au sein des films catastrophes de l'époque - Je pense là en particulier aux films d'avions - avec tout ce que cela comporte "d'effleuré" sans jamais apporter beaucoup de consistance sinon beaucoup de vain pour rien. De l'autre côté le rapports entres ses touristes est presque sinon tout autant vacant. Difficile de croire donc aux personnages en plus du fait que l'intrigue très tirée par les cheveux recèle pas mal de trous narratifs.
Ceci étant dit, "Gatti rossi en un labirinto di vetro", s'il pourra paraître un tantinet idiot par moment, ne souffre d'aucune chute de rythme et c'est finalement en défiant les paramètres logiques qu'il parvient à s'imposer comme une oeuvre mineure mais dans laquelle on y trouvera son compte. L'on ne s'ennuie pas un instant, avec cet assassin paré d'un imperméable rouge qui n'est pas sans rappeler "
La Dame rouge tua sept fois" d'Emilio Miraglia. On pourra toutefois arrêter la comparaison ici, vu que pour le reste, ni l'histoire, ni le fond ne prête à quelconque comparaison, sinon dans une certaine cruauté concernant les meurtres.
A ce propos, il y a un autre reproche un peu plus personnel que j'ai envie de faire au réalisateur. Celui de ne pas exploiter surtout de manière graphique, le potentiel de l'oeil. Car ce dont il s'agit là, c'est d'énucléations vengeresses à base de trauma infantile, et j'aurai aimé voir cet aspect plus développé. La réflexion que je me suis faite tout au long du film, c'est celle de regretter le manque de délires visuels justement, ou à défaut, de faire de ce "globe oculaire" un objet de voyeurisme, de paranoïa plus aiguë, d'en faire finalement le centre de gravité du film au lieu d'un accessoire. Malheureusement sur ce point, et hormis peut-être une scène - celle où l'on voit littéralement le meurtrier extirper l'oeil de son orbite - qui m'a d'ailleurs fait penser par son côté glauque et gore à certaines oeuvres à venir de Lucio Fulci, on reste sur sa faim.
C'est peut-être du reste dans les meurtres que le talent de Lenzi éclate le plus. La mise en scène si elle reste pas assez racée à mon goût, possède toutefois quelque chose de sale, de brute de décoffrage qui compte énormément dans l'addition finale, et ce "sans fioriture" finit par jouer pour lui. De même, la fréquence assez ténue ou régulière des morceaux de bravoures achève de faire de "The Devil's eye" un moment agréable. On voit bien que l'on assiste pas à une grande oeuvre, soit, mais l'intérêt même s'il ne monte jamais très haut, reste égal, ce qui me paraît loin d'être négligeable et qui me font dire ici qu'on aurait tort de bouder ce Lenzi là.
Autre petit bémol même si on en a vu d'autres, on ne peut pas dire que les personnages paraissent effrayés par les morts qui s'accumulent alors qu'ils pourraient eux-mêmes être pourtant bien concernés par ces exécutions sommaires et oculaires et chacun poursuit sa petite visite un peu trop comme si de rien n'était. De même pour ces policiers qu'on pourra trouver dilettantes par rapport à ces assassinats en série. On pourra aussi dire qu'ils sont dépassés par les évènements - on le serait à moins - mais ils ne semblent pas non plus très concernés.
Pour finir sur une ou deux notes positives, les meurtres sont donc bien filmés (et surtout superbement cadrés), ce que j'avais commencé à dire plus haut, avec notamment deux très bons moments. L'un au sein d'un train-fantôme. L'autre dans une salle de bain qui m'a parut extrêmement bien maîtrisée, avec une réelle tension palpable.
A rajouter au crédit du film, pas mal d'acteurs secondaires qui sans avoir énormément à défendre, s'en sortent très bien et renforcent la crédibilité de ces scènes là (les acteurs principaux m'ont paru en revanche moins bons).
Petit rab aussi, quelques bonnes scènes à base de lesbianisme, peu originales mais qui viennent agrémenter l'ensemble en flattant l'oeil de façon pas désagréable du tout.
Ultime chose, la partition de Bruno Nicolaï, si elle a tendance à manger parfois le film en étant un peu trop en avant par rapport à ce qui nous est montré, éclate également dans ces quelques très bons moments de cinéma pur. Les moments érotiques ou violents.
Un film mineur et très inégal donc, mais à découvrir pour toutes les qualités évoquées et il y en a c'est certain, quelques unes...
Note : 6/10
Moyenne des votes : 6/10 (1 vote)
Mallox
A propos du film :
# Egalement connu sous les titres "Wide-eyed in the dark", "The Secret killer", "The Eye", "The Devil's eye".
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