Perversion Story - 1969
(Una sull'altra)
Origine : Italie / Espagne / France
Genre : Giallo
Réalisé par Lucio Fulci.
Avec Marisa Mell, Jean Sorel, Elsa Martinelli, John Ireland, Alberto de Mendoza, Jean Sobieski, George Rigaud, Bill Vanders.
Le Docteur George Dumurier (Jean Sorel) est un chirurgien respectable et reconnu. Alors qu'il trompe sa femme malade (Marisa Mell) pour folâtrer avec sa maîtresse (Elsa martinelli), l'épouse, meurt dans des circonstances très étranges, léguant dans un même temps une assurance vie d'un million de dollars à son mari. Cet héritage ne sera pas sans conséquence puisque Dumurier se voit assez vite soupçonné du meurtre de la défunte. Voici que dans un même temps, il fait la connaissance de Monica Weston, dont la ressemblance avec la défunte ne cesse de le hanter au point d'être attiré vers elle. Seule différence, Monica est blonde aux yeux verts tandis que sa femme était brune aux yeux bruns. On rentre alors dans un labyrinthe où la psyché du bon docteur sera sans cesse secouée et remise en cause, tandis que peut-être il ferait les frais d'une machination... Mais pourquoi ? Et de qui ? Alors qu'il n'y a aucune raison particulière à cela...
Trois années auparavant, Lucio Fulci a déjà livré un chef-d'oeuvre au sein du western, avec son "
Temps du Massacre" qui pour ceux qui l'ont vu, reste dans les mémoires. Entre temps et avant cette récidive presque parfaite qu'est cette magistrale "machination" (on pourra garder pour une fois le titre français qui s'il n'est pas très original, colle bien mieux à ce maître film que d'autres "Enfer des salopes d'aubergines mal farcies"...). Je n'ai pas vu les comédies du réalisateur romain entre ces deux films, là, à savoir "Il Lungo, il corto, il gatto", "comment j'ai volé la bombe atomique" ou encore "Au diable les anges", et j'avoue qu'ils me manquent quelque peu afin de mieux juger l'évolution de ce maître à tout faire, et au regard de certaines de ses comédies seventies comme "
Young Dracula" ou "
Obsédé malgré lui" auxquelles j'ai pu accéder et qui sont également de bonnes réussites, ce qui fait me demander ce qu'il y aurait finalement à jeter dans l'oeuvre de Fulci d'avant 81 (si l'on excepte les croc-blanc)...
Bref, "Perversion Story" c'est la classe incarnée, de celle où un metteur en scène transcende littéralement sa mise en scène, tente énormément de choses et les transforme toutes, parvient à tenir en haleine son spectateur dans un scénario à tiroir qui tient complètement le coup, détourne les codes d'un genre alors en vogue à son profit, prenant allègrement, contrairement à d'autres, ses distances avec les initiateurs dont Mario Bava avec lequel il a collaboré comme co-scénariste sur "Casanova", et livrant au final, une oeuvre à la fois virtuose et totalement personnelle.
Le film était presque parfait serais-je tenté de dire, ce pour deux raisons que voici : La première est sa fin qui sans vouloir la dévoiler déçoit dans sa dernière minute (c'est du reste assez peu, vu ce à quoi on a assisté avant), celle-ci ressemblant de loin à une contrainte de production dont je n'ai pas trouvé d'information sur la toile, mais que Fulci parvient néanmoins à contourner en nous évitant les plans et autres procédés courants par une ellipse maligne, voire un peu trop, laissant alors son personnage dans sa petite vie médiocre, pathétique et vaguement vaniteuse au lieu de... (j'en dis pas plus).
Ailleurs c'est bien évidemment Hitchcock et son "Vertigo" qui est convoqué, en même temps que Boileau, Narcejac et leurs "diaboliques", que ce même Hitchcock jalousait tant. Ceci dit, s'il en emprunte le postulat du double féminin brun / blond, il s'en démarque très rapidement, et c'est un film de metteur en scène virtuose auquel on assiste là.
Il faut voir comment Fulci transforme une scène d'amour filmée à travers et en dessous un drap, en un moment d'une beauté plastique toute en glissé / coulé qui laisse pantois. Il faut noter également comment il se sert de ses décors "San-Francisciens" à la manière d'un type qui aurait tout compris à la ville qu'il exploite, en plus de la transformer le temps de quelques plans en une ville triste et pluvieuse qui la fait ressembler à Portsmouth, suivant alors les affres de son anti-héros. Son travail sur les lieux et décors est aussi remarquable ici que dans le plus tardif et excellent "
Eventreur de New York". Il la magnifie complètement sans jamais tomber dans l'exotisme propre au touriste transalpin égaré.
Que dire ensuite des deux, trois "splits screen", (dont un mémorable au sein du laboratoire de recherche, puis un autre mettant en scène Marisa Mell sous toutes ses coutures), sinon qu'ils sont maîtrisés à la perfection en plus d'être suivi de zooms arrières les plus limpides, et en raccord gracieux, que j'ai pu voir. Si je parle technicité, c'est qu'on a souvent attaquer Fulci là-dessus et mis le doigt pesamment sur les défauts de ses oeuvres tardives, sans avoir été vérifier de quoi était capable ce cinéaste virtuose. Quel malentendu et quel dommage aussi, car ils ne sont pas rares les gens autour de moi à avoir laissé tomber leur scepticisme, dû à la reconnaissance de sa trilogie (ou quadrilogie) zombiesque tandis que des merveilles restaient dans un même temps quasi inaccessibles.
Pareil la façon dont il utilise cette fois-ci ces acteurs est remarquable. Outre Elsa Martinelli ici inquiétante à souhait, l'incontournable Alberto de Mendoza, on y retrouve un acteur formidable, John Ireland dans un second rôle, tout droit sorti de certains films noirs ("Traquenard") dont rend dans un même temps hommage Fulci. On y retrouve également Jean Sorel (que l'on retrouvera dans "
Le Venin de la Peur", qui avec pas plus de 2 expressions au compteur et une moue pas très loin d'un Tom Cruise de l'époque, est admirablement dirigé, dans ce rôle d'un chirurgien un brin minable et totalement perdu une fois que ses petits repères changent, et qui subit alors les pires épreuves (accusation / emprisonnement pénitentiaire / chambre à gaz) sans jamais trouver rédemption, se retrouvant au final, sans qu'on le voit, de retour à son état de petit être vaniteux et triste dans l'âme. Le top, c'est évidemment Marisa Mell qui trouve ici l'un de ses meilleurs rôle, dans un double emploi, se déployant dans un même temps le plus souvent dénudée, pour le grand plaisir de tous. On en resterai même sur sa fin lors d'une séquence saphique qui avorte...
Pour finir, il faut absolument voir ce film, et d'une pour le plaisir qu'il procure, et de deux, pour voir comment Fulci sait manier diaboliquement un scénario, tissant tranquillement sa toile avec la virtuosité des grands maîtres, tout en distillant les plans les plus somptueux qu'on ai pu voir au sein du genre.
J'allais oublier... la partition de Riz Ortolani aux accents jazzy est plus que parfaite.
Note : 8,5/10
Moyenne des votes : 8,5/10 (1 vote)
Mallox
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