Qui l'a vue mourir ?

Qui l'a vue mourir ? - 1972
(Chi l'ha Vista Morire ?)

Origine : Italie
Genre : Giallo

Réalisé par Aldo Lado.
Avec George Lazenby, Anita Strindberg, Peter Chatel, Adolfo Celi.

Roberta (Nicoletta Elmi : "Le Baron Vampire", "Démons", "Emilie, l'enfant des ténèbres"), se rend à Venise, afin de voir son père sculpteur (Georges Lazenby) ; peu après son arrivé, celle-ci a le sentiment d'être observée par une ombre mystérieuse ; très vite, ce que l'on aurait pu attribuer à l'imagination de la fillette se révélera malheureusement vrai.
En effet, assassinée peu après, son corps est retrouvé dans un canal ; le papa fera tout alors pour retrouver le meurtrier, aider d'un journaliste qui mettra lui aussi tout en oeuvre afin de découvrir l'identité du meurtrier ; ce qui intrigue davantage encore, c'est que le meurtre rappelle étrangement celui d'une autre fillette, rousse aussi, survenu quelques années avant. Les morts commencent à se multiplier autour de Franco, et une silhouette noire habillée en femme, en serait responsable...
On peut presque voir le film comme le précurseur de l'excellent "Ne vous retournez pas" de Nicolas Roeg, tourné l'année suivante, et en tout cas ce Lado là, montre qu'il n'est pas maladroit, loin s'en faut ; et là où ce dernier réussi un tant soit peu son pari, c'est dans son titre qui peut paraître de prime abord classique mais se justifie amplement, nous mettant directement, nous spectateurs en position de voyeurs, car "Nous" l'avons vue mourir...

Qui l'a vue mourir ? Qui l'a vue mourir ? Qui l'a vue mourir ?

D'entrée celui-ci tourne le dos à une Venise gorgée de stéréotypes touristiques ; la Venise de Lado est grise, brumeuse et inquiétante ; chaque habitant semble y cacher quelque chose, et même les personnages les plus influents peuvent être impliqués dans des affaires de pédophilie pornographique ; comme chez Lucio Fulci et sa "Longue nuit de l'exorcisme", il ne fait pas bon fréquenter le genre humain ; et pour continuer la comparaison avec le film (quand même supérieur) de Fulci, l'idée d'un tueur pédo-sadique s'acharnant sur des enfants frappe d'entrée ; d'ailleurs, il frappa aussi la censure à l'époque qui le contraignit à faire quelques coupes ; du reste le film est encore interdit à ce jour aux moins de 18 ans en Italie et en Angleterre... on a pourtant vu bien pire, mais c'est une autre histoire...
Ce qui frappe également, c'est l'utilisation de la neige, ici symbole (un peu lourd) de la pureté et l'innocence des jeunes victimes, et dès les premiers plans subjectifs, chers au genre, le contraste entre cette neige éclatante et candide et ce même décors vu à travers le chapeau sombre du tueur, ombre annonciatrice de mort, éclate très efficacement dans le film, et contribue d'entrée à instaurer une ambiance inquiétante.
L'une des plus belles scènes reste celle dans laquelle la jeune Roberta apprend un nouveau jeu à ses amis, tous en cercle, chantant la comptine annonciatrice "Chi l'ha Vista Morire" ; alors que la scène devrait être une aire de repos au sein du film, il n'en est rien, la ronde des enfants est même inquiétante... inquiétude confirmée, puisque la jeune fille rousse sera assassinée peu après ; l'une des autres scène les plus troublante également est le passage où les parents de la défunte se retrouvent au lit à faire l'amour, avec les yeux en larmes.
Le film fonctionne donc plutôt bien, malgré quelques passages un peu obscurs, quelques trous narratifs et gros défaut du genre : une fin tellement prévisible et expédiée comme un suppositoire qu'on reste forcément déçu au final ; mais ce qui fait le prix de "Qui l'a vue mourir?", c'est principalement son décor qui confère une atmosphère malsaine, inquiétante, dans laquelle la tension se relâche jamais, et où chaque coin de rue fait peur ; autre qualité : ses acteurs, dont Georges Lazenby parfait en moustachu "rouflaquetté", père dépassé de la victime, il livre même une belle prestation dans un personnage pourtant plus que déjà vu ; la fillette, Nicoletta Elmi, habituée du genre, est presque une icône de victime, tant on la connaît déjà bien et son visage pourtant familier reste gravé ; ailleurs on est assez content de retrouver Anita Strindberg, même si on l'a vue dans mieux quand même, Aldolpho Celi est excellent en marchand d'art un peu étrange, tandis que le jeune Alessandro Haber dans le rôle du prêtre oratoire volerait presque la vedette à tout le monde.
Ailleurs, c'est un peu plus lourd, avec notamment son flic stupide, presque incompétent, et vaguement antipathique ; tout cela est un peu trop caricatural, même si en cinéaste engagé, Aldo Lado force trop le trait, voulant dénoncer à la fois, les méthodes véreuses dont les policiers ne sont pas toujours exclus, et surtout se lance dans une charge un peu pataude (plus proche de Boisset que de la verve Chabrolienne !) avec des notables bien trop caricaturaux pour faire vrai, et pour que la dite charge atteigne donc son but au lieu de plomber ce pourtant bon film dans un hors sujet peu inspiré ; Bourgeois et Policiers sont trop vite mis dans le même sac, et hop ! Même si l'idée à l'origine me plaisait bien.
Dommage alors, car c'est vraiment dans sa direction d'acteurs et l'utilisation de son décor principal que le film trouve son issue de secours, et permet à Aldo Lado de livrer ici, un assez bon Gialli, avec à nouveau une belle partition de Morricone, toute en chants d'enfants, donnant sa petite contribution à la dimension ambiguë du film, une "colonne sonore" pas loin des "Choristes" mais en version perverse, inquiétante, sournoise ! Il rappelle là une fois de plus quel grand compositeur il est, quels partitions originales il peut nous offrir et "Chi l'ha Vista Morire" lui doit pas mal au final...

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Note : 6/10
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Mallox



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