Zombie - 1978
(Dawn of the Dead)
Origine : Italie / Etats-Unis
Genre : Horreur / Action / Zombie
Réalisé par George A. Romero.
Avec Scott Reiniger, Ken Foree, David Emge, Gaylen Ross, Tom Savini, Clayton McKinnon.
Les morts ont maintenant envahi la Terre, créant ainsi une presque nouvelle race propre à décimer le vivant et chaque personne se faisant mordre sera dès lors contaminée et contaminera à son tour. Lors d'une intervention au sein d'un immeuble où des rebelles fanatiques protecteurs de zombies gardent les morts, tournant au carnage, Roger fait la connaissance de Peter et lui propose de se joindre à lui afin de quitter la ville en hélicoptère avec pour compagnie le pilote et sa fiancée. Leur direction leur est inconnue jusqu'au moment où ils aperçoivent un centre commercial qui semble abandonné, de l'intérieur tout du moins.
Après s'être posés sur le toit, ceux-ci y établissent alors leur campement et Roger et Peter, tous deux issus des milices armées, parviendront même à ramener des vivres. Alors que le petit groupe commence à s'organiser, il décide de barricader les portes du supermarché à l'aide de camions abandonnés. Hélas, dans un excès de zèle militariste, Roger se fera mordre à la jambe, mettant dès lors le groupe en danger. Les choses ne s'arrangeront pas lorsqu'une horde de mercenaires Hell's angels se rameuteront également, voulant eux aussi prendre possession du vivier que constitue l'endroit...
L'histoire du cinéma est ainsi faite que certains classiques doivent plus à des conjugaisons de talents plutôt qu'à un seul et unique et l'inspiration originelle bridée ou détournée se voit accoucher au final d'oeuvres meilleures qu'elles ne l'auraient été. Pour preuve, la version américaine du film, et donc celle du réalisateur George A. Romero, moins bonne que celle remontée par Dario Argento. Celui qui connaît sur le bout de son zombie la version européenne voulant revoir une énième fois "Dawn of the dead", et choisissant alors la version américaine beaucoup moins disponible jusqu'à ce jour, en sera quelque peu pour ses frais.
En effet, le montage de Romero est moins bon que celui de Argento. Celui de Romero s'avère plus explicite, moins rythmée, un poil plus lourd avec des scènes dispensables comme des discussions sur l'enfant à naître et si le film reste néanmoins excellent, il manque le poil de souffle qu'a su instaurer le maître transalpin alors encore au firmament. De plus, exit la musique des Goblin au profit d'une partition plus "slapstesque", bien sûr en adéquation avec l'esprit du film, mais soulignant une fois de plus le propos de l'oeuvre en même temps que manquant de dimension. Disons pour simplifier que Dario Argento a su dynamiser comme pas un les solides fondations de Romero.
Revenons à la version Argento's cut que chacun connaît pour dire combien les superlatifs me manquent. Le film commence dans une cave avec un massacre de zombies squatteurs par les forces armées pour rebondir rapidement au travers de situations des plus impressionnantes, de déplacements en déplacements, donnant à ce chef-d'oeuvre achevé des allures de western ironique et trash, avec au passage une dimension cynique sur la société de consommation. Dimension soit plus que flagrante, voire même probante, mais qui ne plombe pas encore l'action comme ce sera quelque peu le cas avec l'opus suivant ("
Day of the dead" et plus encore récemment dans le pourtant sympathique (mais un peu vain et téléphoné) "Land of the dead").
Ici les scènes chocs s'enchaînent sans aucun temps mort et tout le film suivra la voie indiquée par le magnifique "head shot" de la scène d'ouverture évoquée ci-dessus avec ses zombies dévorant sereinement des restes d'humains. La musique s'emballe alors dans un même temps, battant la mesure de l'intervention des forces militaires armées, et d'entrée de jeu, on sait que c'est en Enfer que l'on est déjà, et qu'on y sera bien installé. C'est simple, le seul reproche que l'on pourra faire à ce jour à ce classique instantané, c'est peut-être les effets spéciaux de Tom Savini, encore que pour ma part, issu de la génération à laquelle le film appartient, j'y trouve à chaque vision un énorme tour de force et quand bien même le zombie ici, pour les plus jeunes générations, sentirait la farine et le mou de veau qu'on s'en ficherait foutrement, tant cela passe avec 25 ans d'écart dix fois mieux que tous les "techno-zombies" ("
Le Couvent") ou autres "digital-zombies" que l'on peut nous (re)servir ces derniers temps dans des spectacles le plus souvent sans âme et au moins, avec ces pseudo défauts, les zombies du tandem Romero-Savini possèdent plutôt deux fois qu'une de cette âme un tantinet disparue, hormis quelques réussites éparses et je ne dirai jamais assez combien tandis que les images de "Zombie" restent gravées dans le temps alors qu'à ce jour, les films semblent passer, pour s'oublier quasi instantanément... on est du reste pas loin de ce que dénonce déjà le réalisateur ici, et les morts-vivants nous ressemblent fortement dans leur conditionnement à la consommation, quand bien même elle serait futile, dispensable.
Passons donc sur ce détail "historique" des effets spéciaux pour recenser tout ce dont regorge cette version grands espaces de la fameuse "
Nuit des morts vivants" tournée dix ans plus tôt. Car il s'agit bien de cela, et avec la même peinture sous-jacente d'une décennie sociale (mais pas trop, et Romero peut facilement parfois fleureter avec la pesanteur dans son militantisme), celui-ci nous livrerait ici presque une variation en guise de suite, dans laquelle le centre commercial (lieu de tous les maux mais aussi paradoxalement de détente propre à la société de loisirs) se substituerait à la cabane de "
The night of the living dead" ; Ken Foree ("
The Devil's Rejects") dans le rôle de Peter remplacerait Ben (Duane Jones), les deux constituant à leur manière une sorte d'icône des communautés laissées pour compte qui finalement s'avèreront très utiles, voire indispensables à la régulation planétaire.
Autant dire qu'on est encore là dans une époque bénie, bien que pas loin de son crépuscule d'ailleurs, dans laquelle les cinéastes engagés n'hésitaient alors pas à tout tenter pour sortir les masses de leur léthargie, dans de grand chocs cinématographiques où le mot "liberté" n'était pas encore galvaudé, et au sein d'une société dont on peut regretter l'absence de manichéisme au profit d'un cynisme qui même s'il s'ignore, s'apparente davantage au libéralisme et ses contradictions, à savoir l'envie d'en dénoncer ses dysfonctionnements en même temps qu'en profiter. Voilà peut-être la clé des démarches différentes qu'on pu avoir certains metteurs en scène d'alors, et ceux d'aujourd'hui qui, disons le ouvertement, sont parfois les mêmes...
Quant à la "liberté" de l'époque, il ne faut pas se leurrer, elle fut uniquement créatrice et il ne faut pas croire qu'un tel film ne suscita pas un tollé, se voyant interdit un peu partout en Europe (Norvège / Allemagne de l'Ouest), classé R ou X selon (Etats-Unis / Canada / France), et ailleurs interdit au moins de 18 ans, ce qui peut encore se comprendre, mais qui dans l'ensemble démontre combien ce "Dawn of the dead" dérangea tant et si bien que son exploitation ne fut pas des plus simples. Pour résumer cela de façon littéralement grossière, je dirai me sentir à la recherche de ces cinéastes qui au moins avaient les "couilles" (pardon) de prendre de tels risques afin de livrer le spectacle qu'il leur plaisait d'offrir, doublé du message qu'ils voulaient asséner. Rien que pour cela déjà, le "Zombie" de Romero reste à ce jour un monument inégalé et je pourrai prendre le risque de parier gros sur le fait que l'on est pas prêts de retrouver une oeuvre aussi ouvertement militante, excessive et jubilatoire, en tout cas dans le genre.
Jubilatoire, sans aucun doute aussi. Nous sommes bien servis et même resservis et l'on peut se contenter allègrement de ce fabuleux spectacle, à la fois film d'action, western urbain trépidant, bande dessinée trash, gore slapstick , "Zombie" reste définitivement une oeuvre majeure, moderne, les morsures y sont béantes, les têtes giclent à tout va, n'épargnant ni femmes ni enfants, les machettes tranchent les têtes en deux, les cervelles explosent comme jamais, repeignant les murs de manière somptueuse, les ascenseurs sont des lieux étouffants et dantesques où l'on s'y fait étriper sans prévenir, les seules alternatives ne semblent plus n'être que soit des fuites en avant (la fin), soit des suicides, aveux d'impuissance sur son propre devenir, bref, c'est au coeur de l'enfer que George A. Romero nous plonge, et plus que jamais dans sa peinture au pessimisme foncier extrémiste, l'enfer n'est plus seulement les autres, mais aussi soi-même. Comment dès lors peut-elle s'en sortir ? Un grand film.
Note version européenne : 10/10, Note version américaine : 8,5/10.
Note : 9/10
Moyenne des votes : 9,6/10 (5 votes)
Mallox
A propos du film :
# A noter qu'il existe 2 versions, américaine et européenne, la 1ere a été monté par Romero et l'autre par Argento.
# Slogan : "Quand il n'y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur la Terre".
En rapport avec le film :
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La critique du Jour des morts vivants
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La critique de la Nuit des morts vivants
Avis des visiteurs :
# Bon, je n'ai vu que celui là mais je le trouve excellent, bons effets gore et un coté subversif des plus jouissifs. Petits regrets, la musique et les maquillages des zombies.
Note : -/10 (Tyler)
# Le top !! Une tuerie !! Un grand bravo à George Romero et Dario Argento, une musique d'enfer (merci aux Goblins), des effets spéciaux (des vrais) qui n'on pas vieillis, une très bonne interprétation, une histoire béton (le supermarché c'est le pied).
Les jeunes devraient plutôt regarder ce genre de film plutôt que "Scream" vivement le 4ème volet de la saga.
Note : 10/10 (Lestat)
# Quels films mieux que les films de Romero ont su utiliser le gore comme catalyseur de messages puissants et efficaces ? La nuit des morts-vivants nous parlait de guerre, de racisme, de notre retour inconscient à l'état de nature. Zombie, lui, part en guerre contre le capitalisme à outrance et donne le ton d'emblée avec le rassemblement des zombies autour du centre commercial. Ils ne sont rien d'autre qu'une projection de nous-mêmes, une métaphore puissante de notre égoïsme consumériste.
L'enfer est déjà ici et Romero le montre brillamment. Les deux versions du film (un montage américain pour Romero et un montage européen pour Dario Argento) le font différer sur certains points essentiels, mais ne changent pas le message primordial du maître.
Note : 10/10 (Ash)
# Ce film est absolument magnifique. Tout est réussi : la critique de la société de consommation (les pillards notamment), les scènes gores (merci M. Tom Savini), le comportement des humains en cas de crise... Certes le maquillage des zombies est un peu kitch, mais cela donne un véritable contraste entre la peau des zombies (gris) et le sang. A voir absolument pour tous les fans du genre.
Note : 10/10 (Fear)
# Avec en fond un message fort anti-capitaliste dépeignant une population asservie et assimilée par le système, Zombie est sûrement le plus jubilatoire de la trilogie, les morts vivants constituent une véritable armée, les armes et les situations sont aussi innombrables que variées. C'est un véritable western auquel notre groupe de rescapés participe. Quel délice de voir un zombie se faire éclater la tête au fusil sniper ! Coté gore on est servi, Tom Savini (qui joue d'ailleurs le rôle d'un pillard) est passé maître dans la destruction corporelle, aussi bien pour les humains que pour les zombies.
Note : 9/10 (.: gregore :.)
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