Conventions de la saga Vendredi 13
Comme nous l'avons vu, les Vendredi 13 reposent sur des répétitions. Outre Jason en lui-même, on y trouve tout un tas de véritables codes, souvent respectés. Donc je préviens tout de suite : ce qui suit est l'apologie des stéréotypes... Certains prétendent que c'est cela qui a fait du mal au genre, inspirant le cynisme des Scream et de sa parodie Scary Movie. A cela je répondrais que les films d'horreur ont toujours été codifiés, comme beaucoup d'autres genres, et que par exemple même les films Universal des années 30 et ceux de la Hammer des années 50 et 60 reposaient toujours sur les mêmes recettes.
De plus, les parodies ont toujours existées, et ce dès les monstres de la Universal, qui furent tournés en dérision par exemple dans les années 50 par la série des Abott et Costello rencontrent Frankenstein, Dr. Jeckyll et Mr. Hyde, la Momie...). Bref la codification des films a toujours existée, et c'est même cela qui a permit d'établir les diverses tendances ayant traversées l'histoire du genre. Tout ça pour dire que c'est un peu facile de taxer des films comme les Vendredi 13 de fossoyeurs de l’horreur. En attendant voici donc les quelques règles inhérentes à la série :
- Tout d'abord un scénario inexistant. Une bande de jeunes, la forêt, Jason qui trouve un moyen tout pourri pour ressusciter, et c'est parti. Même l'idée de départ de situer les massacres les jour de vendredi 13 a été plus ou moins abandonnée, afin d'en mettre encore moins dans le scénario. Cela dit, on trouve quelques exceptions au niveau des lieux : le chapitre 8, qui part en croisière vers New York, Jason X, dans l'espace, et Freddy Vs. Jason, de passage à Elm Street.
Niveau scénario, seul le chapitre 9 se dégage du lot, par sa relative intelligence.
Tous les autres sont d’une connerie à mourir. Mais plus c'est con, plus c'est bon. De là à dire que Jason va en Enfer est le plus mauvais de la série, il n'y a qu’un pas. Le film reste bon, mais il est à part (un peu comme Freddy sort de la Nuit ou comme Halloween 3... comme quoi, chaque série a son épisode "particulier"). Mais mieux vaut ne pas retenter de faire un Vendredi 13 sans vrai Jason, surtout si c'est pour faire un scénario un tant soit peu intelligent, avec des personnages un minimum recherchés. Hérésie. Précisons quand même qu'à partir de ce chapitre 9, c'est New Line qui possède les droits des films. En effet, la Paramount, devant les résultats décevants de ses derniers opus, avait jugé préférable de se séparer de la franchise. New Line en la rachetant souhaite bien entendu la relancer, d'où les innovations apportées (et pour l'anecdote, Vendredi 13 premier du nom a été fait par la Warner, d'où les coffrets DVD incomplets...).
- Ensuite, les personnages sont également des éléments toujours similaires. Jeunes, bien sûr. Mais pas n'importe comment. En effet, la représentation des jeunes est systématiquement la même. On a tout d'abord le héros. Qui est souvent une héroïne. En fait le seul héros mec de la série est Tommy Jarvis, le gamin ayant vaincu Jason dans le chapitre 4, affronté son double dans le 5 avant de retrouver le vrai Jason qu'il ressuscite lui-même dans le chapitre 6 (alors qu'il le déterrait pour voir s'il était vraiment mort !).
Quoique dans tous les chapitres où il intervient, il sera aidé par une fille, qui survivra également au carnage. A l'exception du chapitre 6 qui nous montre une fille assez sexuellement entreprenante, les autres chapitres nous présenteront en effet des héroïnes assez prudes. Des jeunes filles bien comme il faut, sérieuses, qui peuvent avoir un petit ami, mais qui ne couchent pas.
Après, quelques-unes unes vont avoir un détail qui va les singulariser (la fille télépathe du 7, la fille ayant failli se noyer dans le lac de Crystal Lake du 8, la nièce de Jason du 9, celle qui a réussi à le cryogéniser du X...). Mais rien d'important. On remarquera quand même que c'est dans les derniers épisodes de la saga que ces très légères audaces sont introduites, histoire de ne pas s'enliser. En dehors des héroïnes, on a toute une galerie de personnages récurrents : le blagueur. La nympho. Le rejeté. Le punk. La coincée sympa. Les obsédés. Les fumeurs de joints. L'adulte, qui est soit paternel et protecteur, soit con et mesquin : les chapitres 7 et 8 alliant même les deux sortes. Le vieux taré du coin, qui au début du film dit à qui veut l'entendre (c'est à dire personne) que la "malédiction rôde sur Crystal Lake", que vous "allez tous mourir" etc...
Tous ces personnages (liste non exhaustive), dont certains possèdent plusieurs tares en même temps (y a même une rouquine, c'est dire !), finiront bien souvent assassinés par Jason. Jason représente donc quelque part le défenseur de la bonne morale. Un gros réactionnaire. La solution extrême prônée pour sanctionner les mœurs décadentes de la jeunesse, sexuellement active et consommatrice de drogues. Le tout sans se prendre au sérieux, bien heureusement.
Jason X joue encore une fois l’humour sur ce point : qu'est-ce qui réveille Jason ? Et bien tout simplement des jeunes faisant l'amour. Pas leurs cris, mais juste le fait qu'ils le fassent... Pareil pour Freddy Vs. Jason, où le Gros est attiré par la maison de Freddy, où des jeunes se demandent avec quels personnages célèbres ils aimeraient coucher...
Par ailleurs l'érotisme est également un des éléments constitutifs de l'identité de la série. Bon, cela reste très soft (surtout vers la fin de la saga, avant le retour de l'érotisme dans Jason X et Freddy Vs. Jason), on n'est pas chez Troma, mais n’empêche que les jeunes filles sont souvent dévêtues pour un rien, couchent très facilement et aiment les bains de minuit... même s’il n’est pas minuit. Et puis il n'y a qu'à voir le commentaire audio de Jason X (film qui ironise également sur l'érotisme : voir la scène des campeuses virtuelles), où l'on entend quand même les mecs (le réalisateur, le scénariste, et le producteur) se couper la parole pendant des explications techniques pour s'exclamer : "Eh ! Voilà ! Une paire de seins !"
Enfin je ne résiste pas à l’envie de vous citer un dialogue culte, issu de Vendredi 13 Chapitre 3. Un mec s’approche d’un autre, seul, qui fait la gueule dans son van : "Pourquoi t'es pas avec les autres ?", "Parce qu’ils ont dit qu’ils allaient se baigner à poil, mais moi j’ai pas de poils." Respect éternel pour cette phrase quasi-nietzschéenne...
- Autre convention de la série : la réalisation. Et les procédés cinématographiques en général. Bien sûr, tout en sobriété. En nullité diront certains. Des effets gratuits : caméra subjective... victime en vue... elle se retourne... est effrayée... mais c'est pas Jason, c'est juste un pote venu faire une blague ! Et bien entendu plus tard même procédé, mais avec le vrai Jason. Assez affligeant.
La musique également, est souvent utilisée, notamment le fameux thème de Harry Manfredini (tch-tch-tch-ha-ha-ha... je sais, j'imite très bien), auquel on ajoute des compositions souvent très ressemblantes, typiques des slashers jusqu'à en être caricaturales. De plus, on constate l'emploi régulier de chansons rock transpirant tellement leur appartenance aux 80's que ça en devient gênant. En clair, encore une fois on ne dévie pas d'un iota de la ligne de conduite originale (qui est également celle de l'époque, puisque les même recettes musicales s'appliqueront à la saga des Freddy). Les chapitre 9 et X, plus le Freddy Vs. Jason, échappent cependant quelque peu à cette règle pour s'inscrire plus dans l'époque où ils ont été fait. Pour ces deux derniers, on reste en tout cas dans le bourrin avec du rock que je qualifierais de particulièrement gueulard, à défaut de savoir le nommer autrement.
En résumé on pourrait qualifier les films de Vendredi 13 de films "sex drugs and rock'n'roll". Et comme les films "sex drugs and rock'n'roll" sont forcément bien, les Vendredi 13 sont forcément bien aussi. C'est la logique même. Je ne comprends même pas qu'il y ait débat sur la qualité de ces fleurons du cinéma. Surtout qu'en plus, il y a du sang. Du coup, de bons, ils deviennent excellents.
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